Quelle dynamique en Bretagne Sud ?

Le développement économique de la Bretagne est parfois résumé à celui des métropoles de Rennes et Brest. Dans ce contexte de métropolisation, quelle place pour les territoires constitués de villes moyennes ? Depuis deux ans, les agences de Cornouaille, Lorient et Vannes avec l’Université de Rennes 2 travaillent en partenariat afin de cerner les dynamiques économiques en Bretagne Sud.

>> Sources : "des entreprises performantes en dehors des métropoles", Atlas de la Bretagne Sud, Octant analyse n°62

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Article paru dans le Barographe n°23, février 2015

Sources

INSEE, ACCOSS, IGN

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Gilles Poupard

28 % des emplois bretons

La Bretagne Sud, territoire composé des trois zones d’emploi de Vannes, Lorient et Quimper, regroupe 930 000 habitants et 360 000 emplois. Elle pèse de façon significative à l’échelle de la Bretagne avec, en 2011, 29 % de la population et 28 % des emplois.

Sur la période 2006-2011, plus de 7000 emplois supplémentaires en sont issus, essentiellement dans le secteur tertiaire, soit 21 % des emplois créés en Bretagne sur la période.

Nombre d'emplois en Bretagne

Agroalimentaire et tourisme, mais pas de TIC

Le tissu économique de Bretagne Sud présente de nombreux points communs avec celui des autres territoires, notamment l'importance du tertiaire, mais il montre aussi des spécificités. Certains secteurs y sont plus développés qu’en moyenne nationale. C’est le cas de la pêche, de l’agroalimentaire, du commerce de détail et des hôtels restaurants. À un niveau plus fin, on note également la surreprésentation de la construction navale et de l’industrie nautique.

En revanche, la Bretagne Sud est très peu présente sur la carte des TIC bretonnes (informatique, électronique). Elle ne représente que 12 % des emplois de la filière régionale, très loin derrière les pôles rennais, brestois et lannionnais.
C'est une faiblesse du territoire car les TIC sont un secteur fortement créateur d’emplois au niveau national et plus particulièrement dans les métropoles.

Part des emplois de la Bretagne sud dans le total breton en 2012 (en %)

Une élévation de la qualification

La faiblesse du secteur des TIC n’est pas pour autant synonyme d’absence d’innovation ou de stagnation des qualifications. Certes, en 2012, la Bretagne Sud compte 17 516 étudiants soit seulement 15 % des étudiants bretons. Les pôles rennais (62 000) et brestois (21 500) enregistrent des effectifs bien supérieurs. Toutefois, la progression est sensible au cours de la dernière
décennie : +22 % soit une croissance bien supérieure à la moyenne bretonne.

En 2011, le nombre de cadres des fonctions métropolitaines (CFM) est de 20 176 en Bretagne Sud soit 22 % du total régional, un chiffre nettement inférieur à celui de la zone d’emploi de Rennes. Mais, la progression est sensible en Bretagne Sud : +65 % en 12 ans. Cette progression est proche de celle observée dans la zone de Brest (+74 %) mais loin de celle de la zone de Rennes (+98 %).

En 4 ans, les entreprises de Bretagne Sud ont déposé 435 brevets, soit 19 % des brevets déposés en Bretagne sur la période.

Nombre de cadres des fonctions métropolitaines

Innovation : de belles réussites

Une enquête a été menée auprès de 22 entreprises innovantes de Bretagne Sud par Clément Marinos, doctorant à Rennes 2, en partenariat avec les trois agences d’urbanisme et de développement. Elle a mis en évidence de belles
réussites économiques, dans des secteurs diversifiés, qui se traduisent par une croissance du chiffre d’affaires, des succès à l’export et des produits innovants.

Ces entreprises sont parfaitement intégrées à "l’économie monde" tout en puisant une grande partie de leurs ressources matérielles et immatérielles au plus près du lieu d’implantation.

Leur ancrage territorial est marqué. La qualité de vie, le développement et la stabilité du capital humain, les relations de confiance avec les partenaires sont perçus comme des atouts. Elles s’insèrent fortement dans les réseaux locaux. Ce qui participe au développement de l’entreprise et du territoire.

Compte tenu de leur rayonnement national et international, l’accessibilité des territoires (routier, ferroviaire, aérien et numérique) constitue un enjeu important. Par ailleurs, ces entreprises mettent en avant leurs difficultés de recrutement de "profils pointus" et un accès aux services rares qui passe souvent par les plus grandes villes. Elles soulignent aussi que la question de l’emploi du conjoint constitue un réel frein aux recrutements exogènes du fait de l'étroitesse des marchés locaux du travail dans les villes intermédiaires.

L'interdépendance des zones d'emploi

Une étude récente des agences d’urbanisme bretonnes avec l’INSEE (Octant n°62-Avril 2014) a montré qu'il existe un système urbain grand Ouest, qui regroupe Bretagne et Pays-de-la-Loire. Elle a également établi que les 10 principales aires urbaines bretonnes sont ouvertes sur l’extérieur et ont des relations significatives entre elles, mais aussi avec Nantes et l'Île de France.
Les trois zones d'emploi de Bretagne Sud s’inscrivent dans ce réseau urbain grand Ouest. Elles cultivent des interdépendances mais ne forment pas un réel "système urbain Bretagne Sud". Il existe ainsi des liens forts entre Vannes et Lorient, des liens significatifs entre Lorient et Quimper et des liens faibles entre Vannes et Quimper. Les relations sont réelles avec l’extérieur de la Bretagne Sud : notamment entre Quimper et Brest, et entre les 3 zones avec Rennes et Nantes. Enfin, Quimperlé et Auray jouent le rôle de pivots dans les relations internes à la Bretagne Sud.

Les flux domicile-travail

L'impact de la crise

La crise économique entamée en 2008 a eu un impact important sur la Bretagne Sud notamment dans l’industrie et la construction. De fin 2008 à fin 2013, les pertes d’emplois salariés privés dépassent les 7500 emplois soit une baisse de -3,6 % pour une moyenne bretonne de -1,8 %. En cinq ans, les zones de Vannes (-4,2 %) et de Quimper (-5,7 %) sont particulièrement touchées tandis que le la zone de Lorient résiste mieux avec -0,4 %.