L'impact de la désindustrialisation

La désindustrialisation est revenue au coeur du débat économique. Les perspectives d’une "France sans usine" suscitent désormais plus d’inquiétudes que d’espoirs. Au-delà des fermetures de sites qui trouvent un large écho médiatique, quel est l'impact de la désindustrialisation sur les territoires ? Le club éco de la FNAU s’est intéressé à la question.

>> Article issu du dossier FNAU n°30 "La crise, l’industrie et les territoires",
Avril 2014, et de Population et Avenir n°720, novembre-décembre 2014.

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Article paru dans le Barographe n°23, février 2015

Source

ACOSS 2014

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Gilles Poupard

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Une désindustrialisation qui interpelle

Depuis 1990, l’industrie a perdu 30 % de ses effectifs en France qui sont proches aujourd'hui de 3 millions. À ce volume d’emplois s’ajoute le nombre d’intérimaires employés dans l’industrie, soit 224 000 en 2013.

L'externalisation de certaines fonctions vers des entreprises tertiaires et le recours à l’intérim (classé dans les emplois de service) ne constituent pas une explication de la baisse des emplois industriels. L’externalisation s’est largement atténuée au cours de la décennie passée et le nombre d’intérimaires employés dans l’industrie est lui-même en diminution. En 2011, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée n’est plus que de 12,5 %, ce qui situe la France à la 15e place des 17 pays de la zone euro (rapport Gallois).

2008-2013 : baisse généralisée

Depuis le début de la crise économique en 2008, l’industrie a perdu près de 335 000 emplois salariés en France, soit une baisse de 10,8 % en 5 ans. La baisse amorcée précédemment s’est accentuée. L’industrie n’est pas le seul secteur touché par la crise car celui du transport et de la logistique enregistre un choc équivalent et la construction en subit un de plus forte ampleur.

La fabrication des matériels de transport hors automobile qui comprend notamment l’aéronautique et la construction navale est le seul secteur industriel qui crée des emplois sur la période : +13 810, soit une croissance de +10,3 %. Des baisses modérées, en deçà de -4 %, sont enregistrées dans les industries alimentaire et pharmaceutique. Les secteurs industriels qui résistent le mieux à la crise sont aussi parmi les plus exportateurs.

De 2008 à 2013, 9 zones d’emploi sur 10 connaissent une baisse de l’emploi industriel. Les métropoles ne sont pas épargnées avec des baisses à Lyon, Nantes, Grenoble, Montpellier, Rennes, Strasbourg ou Lille Roubaix Tourcoing.

Impact de l'industrie sur l'emploi salarié privé des zones d'emploi de France métropolitaine entre 2008 et 2013

Le Nord-est fortement touché

Les 335 000 emplois industriels perdus en cinq ans en France correspondent à un peu moins de 2 % du total des emplois salariés de la fin de 2008. Mais l'impact varie beaucoup d’un territoire à l’autre selon l’ampleur de la baisse, bien sûr, mais aussi selon le poids de l’industrie dans l’économie locale. L’impact est important dans un grand quadrant Nord et Est. L’Ouest et le Sud sont nettement épargnés par les pertes d’emplois industriels.

Impact limité dans 12 zones d’emploi

Dans 12 zones comptant au moins 8000 emplois industriels, l’emploi industriel augmente (4 zones d’emplois) ou diminue légèrement (moins de 0,7 % de l’emploi salarié total). À l’exception de Paris, il s’agit de zones situées au Sud ou à l’Ouest.

Avec une baisse de seulement 182 emplois en 5 ans soit 0,3 % de l’emploi total 2008, la zone de Lorient se situe au 7e rang national pour la résistance de l’emploi industriel.

La fabrication des matériels de transport hors automobile (aéronautique à Toulouse, Marseille, Bayonne et Bordeaux ou construction navale à Cherbourg, Toulon, Saint-Nazaire et Lorient) joue un rôle significatif dans 8 zones sur 12. L’industrie alimentaire participe à l’évolution favorable de l’emploi dans 3 zones (Bordeaux, Bayonne, Lorient).

Évolution de l'emploi industriel de 2008 à 2013 en % de l'emploi salarié total

Les pertes sont rarement compensées

De 2008 à 2013, les emplois salariés non industriels sont en légère augmentation (+73000 soit +0,5 %). Ces créations sont loin de compenser arithmétiquement les pertes d’emplois industrielles. Elles ne l’atténuent que de 20 %. En effet, une partie des secteurs tertiaires auparavant dynamiques sont aujourd’hui également touchés par la crise sans lien direct avec la désindustrialisation : construction, commerce automobile, activités immobilières, publicité, agences de voyage, commerce de détail...
De plus, la désindustrialisation entraîne une diminution des activités dans un certain nombre de secteurs d’activités. Ainsi, le club éco FNAU a calculé que pour 10 emplois industriels perdus, 4 sont supprimés dans les autres secteurs.

Parmi 10 zones d’emploi étudiées plus en détail dans le dossier FNAU n°30, la zone d’emploi de Toulouse connaît à la fois une croissance des emplois industriels et des emplois non industriels. 4 zones d’emplois compensent les pertes d’emploi enregistrées dans l’industrie : Nantes, Lyon, Clermont-Ferrand et Marseille. À Lorient et St-Nazaire, les pertes d’emplois enregistrées dans l’industrie sont faibles mais il y a peu de croissance des emplois non industriels.
Enfin à Nancy, Mulhouse et Belfort Montbéliard, les pertes d’emplois industriels ne sont pas compensées.

Nombre d'emplois en Bretagne

Rôle économique de l'industrie

L’industrie conserve un rôle économique majeur :

  • Elle assure l’essentiel de la recherche et de l’innovation et constitue le principal moteur des gains de productivité.
  • Elle joue un rôle déterminant dans les exportations et draine des revenus extérieurs vers l’économie nationale. Le tourisme et les services ne constituent aujourd’hui qu’une faible part des échanges internationaux.
  • Elle fournit des niveaux de salaires plus élevés que les services.
  • Elle exerce un effet d’entraînement particulier sur les autres branches de l’économie. Ainsi, en 2007, elle "tire" 67 % de la production de services technologiques, 18 % des services d’expertise et conseil et 53 % du transport (calcul éco FNAU).